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Sondage - Inventaire

Villebois-Lavalette (Charente)

Lieu dit : Maison du Sénéchal

 

Souterrain-refuge et silos à grains de la maison du Sénéchal.

 Généralités

 Situation

 Le souterrain et les silos à grains de la Maison du Sénéchal se situent dans un site géologique caractéristique pour la région et propice au creusement à savoir du  Santonien inférieur, crayeux, glauconieux avec quelques chailles sans cortex, ou avec cortex à faible constitution surtout dans son niveau inférieur

 Il se trouve sur le versant déclive Sud de la butte dominée par le Château de Villebois-Lavalette, dans le sous-sol de la maison dite « Maison du Sénéchal » dans le bourg de Villebois-Lavalette.

 Situation géographique
Département de la Charente
Canton de Villebois-Lavalette,
Commune de Villebois-Lavalette N° INSEE  16408
Rue de l’Eglise
Carte IGN 1/25000 – N° 1733 Est – Villebois-Lavalette,
Coordonnées Lambert II :   - X =439,55   - Y=2055,60   - Z=168
Propriété privée de Monsieur Dufour Bernard 06 rue de Montréal Ma Campagne 16000 - ANGOULÊME

Il a été apporté un soin particulier quant à la conservation de ce site qui se trouve actuellement protégé et ne semble pas avoir fait l'objet de fouilles clandestines.

 Aspect général du site

Le site comporte deux parties  :

 Trois structures basses de silos à grains partiellement arasées. Ces fosses furent découvertes en 1995 aux cours de travaux de rénovation (référencées sur le plan : silo A – silos non repertoriés.)

 Un souterrain conservé dans son intégralité comprenant, un couloir rectiligne, un silo à grains modifié (silo B), des escaliers et une salle souterraine. Cet ensemble (mis à part le silo B) qui semble appartenir aux structures basses de l’immeuble, a été utilisé en lieu de stockage, voire de cave (référencé sur le plan : couloir – silo B – escalier – salle souterraine.).

Silos à grains

Le sous-sol de la cave comporte 3 bases de silos. Deux sont actuellement comblés et notre description ne portera que sur le seul silo accessible (silo A, sur le Plan).

Silo A

De ce silo, seule est conservée sa partie inférieure, sur une profondeur de 0,80 m. A son niveau d’arasement ce silo a un plan pratiquement circulaire d’un diamètre variant de 1,15 m à 1,23 m (photo ci-contre).

Son fond plat présente un léger pendage vers le Sud. Le raccord avec les parois latérales est à angle droit. A ce niveau le calcaire ne présente pas de traces d’outils de creusement.

A l’intérieur aucun reste ne subsiste du contenu primitif.

Interprétation

Le profil du creusement à fond plat et à parois surplombantes qui se resserre vers le haut confère à cette structure une forme qui devait être ovoïdale. On peut donc envisager au moins à titre d’hypothèse que nous nous trouvons en présence d’une fosse d’ensilage.

L’estimation de la profondeur de cette fosse reste problématique, faute de connaître exactement le niveau du sol initial nous en sommes réduit à des hypothèses. Dans la partie souterraine que nous verrons plus loin est conservé un autre petit silo (Silo B) dans son entité et dont on connaît son niveau supérieur. En ce référent à ce paléosol nous arrivons à une estimation de 3,40 m pour la hauteur du silo A. Or cette estimation semble « hors normes » pour ce genre de structure, la profondeur moyenne des silos à grains répertoriés dans la région Est Charente, étant comprise entre 1,65 et 2,10 m. On peut donc envisager que le paléosol était soit fortement déclive vers le Sud, soit en palier.

Sa contenance pourrait être dans une hypothèse haute (hauteur intérieure 2,10 m) de 750 litres et une hypothèse basse (hauteur intérieure  1,65 m) de 420 litres, soit une moyenne de 580 litres.

Dans la réflexion qui va suivre, en fonction de leur concomitance, on pourrait considérer que les deux autres silos étaient de dimensions identiques et retenir pour l’ensemble de ces trois silos une contenance moyenne de 17 hectolitres.

Avant la romanisation une ration par personne est d’environ 730 g de grain par jour soit 266 kg/an, représentant un volume de 3,50 hectolitres. La cellule sociale minimale de base théorique est d’au moins quatre personnes (deux parents et deux enfants), ce qui représente une consommation annuelle de 14 hectolitres.

Si l’on considère comme il l’est précisé plus loin (voir Annexe 1) que les silos à grains, sont soumis à des règles strictes de fonctionnement avec entre autres le fait qu’un silo une fois ouvert, son contenu doit être consommé rapidement, trois hypothèses sont envisageables :

Les silos appartenaient à des unités  domestiques et représentaient un lieu de stockage destiné à l’alimentation des cellules familiales. Dans cette hypothèse le nombre de silos connus (trois) ne représente pas une réserve suffisante pour stocker une économie vivrière annuelle pour un groupe. Dans ce cas on peut envisager que le nombre de silos devait être supérieur.

Les silos appartenaient à du stockage spéculatif, représentant  des réserves à plus long terme pour pallier une mauvaise récolte.

Les silos appartenaient à un stockage de semence pour l’année suivante. Dans cette hypothèse, avec un rendement de un pour cinq qui est un rendement maximum attesté pour cette époque, ils représentent à eux seuls des réserves de semence pour une population d’environ 20 à 25 personnes.

Souterrain

De la cave où se trouvent les restes des structures des silos à grains, part un couloir creusé dans le calcaire qui conduit à une grande salle souterraine.

Couloir

Dans le mur Nord de la cave, se trouve une ouverture maçonnée de facture moderne, de petites dimensions (largeur 0,50 m, hauteur 1,24 m). Cette ouverture maçonnée sur une longueur de 1,20 m. est suivie par un couloir creusé dans le calcaire. Ce conduit a été creusé à ciel ouvert et ensuite recouvert par une voûte maçonnée en demi-lune. Sa largeur varie de 0,50 m à 1 m.

Les traces d’ancrage d’échafaudage du support de voûte sont visibles de part et d’autre des parois.

La petitesse de son accès côté cave, laisse envisager qu’il pourrait s’agir d’un passage dissimulé

Silo B

Sur sa partie droite le creusement de ce conduit est venu anastomoser un petit silo à grains de forme ovoïde qui semble de même facture que les trois précédents mais de dimensions plus restreintes (hauteur 1,05 m, diamètre intérieur 0,80 m). Son col d’ouverture visible a été colmaté par le dessus lors de la confection d’un plancher en béton au niveau de la pièce supérieure. Son anastomose a été aménagée pour recevoir dans une feuillure une petite porte (hauteur 0,36 m, largeur 0,36 m). Bien que ce silo a été réutilisé en cache ou petit réduit (photo ci-dessus), on peut considérer sa confection de la même époque que le creusement des trois autres silos dans la cave.

Le niveau du col d’ouverture du silo atteste le paléosol, soit approximativement 0,30 m au-dessus du niveau de la rue actuelle et 2,60 m du niveau de la cave comme nous l’avons vu précédemment.

Escalier

Le couloir débouche approximativement au milieu d’une descente en escalier de grande dimension (photo ci-contre).

Cet escalier dont l’accès originel était à l’extérieur de la maison a des dimensions considérables pour une structure anthropique creusé dans le calcaire à savoir : hauteur 2,80 m largeur moyenne des marches 1,37 m. Cet escalier de 10 marches très usité de hauteur variable (de 0,18 m à 0,30 m) est dans sa partie haute recouvert d’une voûte et dans sa partie basse creusé dans la roche. Dans sa partie haute, il comportait  une chicane qui permettait vraisemblablement d’en protéger l’accès. Aucun système de protection, surveillance ou fermeture n’est actuellement visible.

Salle Souterraine

La salle souterraine (photo ci-contre) de dimensions respectables à savoir largeur 6,70 m longueur 5,10 m hauteur 2,15 m, est soutenue en son milieu par un  mur d’une longueur 3,70 m épaisseur 1,20 m qui partage cette salle en deux alvéoles pratiquement semblables.

Bien que de creusement anthropique aucune trace d’outils n’est visible. Sa structure semble s’altérer d’une part par la délitescence des parois et d’autre part par quelques diaclases au plafond et au sol. L’épaisseur du plafond de cette salle qui se situe sous la rue de l’église ne doit pas excéder 1,80 m.

Conclusion

Ce site présente la particularité de comporter deux époques bien distinctes de creusement anthropique à savoir :

La période du creusement des silos où les communautés qui les creusaient devaient être sédentarisées dans un habitat relativement précaire dans les alentours immédiats, voire au-dessus. (ces fosses représentant des lieux de stockage de l'économie vivrière du groupe, sont les seules parties dures restantes des structures) .

L’époque de la construction de la maison dite « Maison du Sénéchal », où il semblerait que la structure souterraine (couloir – escalier – grande salle) ait été creusée en même temps que les fondations de l’immeuble. A l’origine l’accès de la salle souterraine se faisait par l’escalier qui débouchait dans la cour de la maison, mais pour des raisons pragmatiques ou sécurisantes le couloir à été creusé pour avoir un accès à cette salle sans passer par l’extérieur.

Si le couloir, l’escalier et la salle ne semblent pas présenter un intérêt ethnographique immédiat il n’en est pas de même avec les silos à grains qui, par leur situation, attestent la présence en ce lieu d’une occupation humaine antérieure aux constructions actuelles.

Par cette étude, nous émettons l’hypothèse que ces fosses ont eu comme fonction première des lieux de stockage de récoltes agraires mais en l’absence de fouilles stratigraphiques, on ne peut apporter aucun élément concret quant à l’époque de leur creusement ni à leur utilisation.

Néanmoins grâce à leur conservation privilégiée, elles se révèlent de précieux réservoirs archéologiques et ethnographiques et à ce titre elles doivent être conservées et protégées.

Guy Roger

 

Annexe 1


Note sur les Silos à Grains

On ne peut dissocier la présence de ces fosses de leur l’environnement extérieur. La nature géologique du sol est prépondérante pour le creusement de ces cavités qui ont toujours une forme de poire, d’œuf ou de bouteille et sont appelées selon le terme générique "fosses ovoïdes". Bien qu’on ait trouvés des silos à grains dans des sols argileux, desséchés et durcis par du feu, en grande majorité ils se trouvent là où la présence du rocher affleure, souvent sur un plan déclive près d’une vallée et d’un point d’eau.

L'étude de l'habitat de l'Arriasse à Vic-le-Fesq (Gard) en situe 6 sur son site et les date de 700-625 av. J.C., soit le début du premier Âge du Fer. On en trouve également près des voies romaines, des mottes féodales et des lieux de cultures agraires. Dans notre région, s’ils sont souvent associés dans la proche périphérie des "souterrains-refuges" ou des habitations troglodytiques, on en trouve également isolés en zone rurale.

Le diamètre d’ouverture varie de 0,40 m à 0,60 m, la profondeur 1,50 m à 2,10 m et la largeur intérieure de 1,00 m à 1,60 m. Souvent un épaulement au col de l’ouverture permettait d’en assurer l’étanchéité par un couvercle (pierre plate épannelée de forme ronde d’un diamètre légèrement supérieur à l’ouverture du goulot). Le fond est concave ou plat. On peut constater que la forme ronde est universelle. Leur présence est attestée dans toute l’Europe, avec une prédominance pour le Moyen Orient et le Sud de l’Europe.

Les silos creusés dans le sol témoignent d'un mode de conservation de céréales en atmosphère confinée, mode de stockage bien connu par le passé et dans de multiples sociétés traditionnelles. Ces techniques ont fait l'objet de nombreuses études et expérimentations qui en expliquent le fonctionnement : dans un milieu hermétiquement clos, la céréale commence sa germination et dégage au niveau de ce processus du gaz carbonique, gaz qui bloque la poursuite de la croissance et neutralise les insectes. Dans cette atmosphère anoxique, si le contenant n'est pas ouvert, le contenu peut se conserver plusieurs années et garder toutes ses qualités germinatives et nutritives. Par contre une fois ouverte, la structure doit être vidée et les grains aérés sous peine de pourrissement rapide. Ce procédé est donc un système de stockage de céréales à long terme et non une réserve où l'on viendrait y puiser en fonction des besoins .

Leur présence sous terre est déjà citée par Varron qui décrit dans un traité d’économie rurale ces «granaria speluncas» en 60 av. J.C. Les recensements qui ont été faits au début du siècle les attribuent systématiquement à l’époque celtique, mais on doit compter avec la « celtomania » de l’époque.

Dans notre région, il semblerait que leur creusement soit intervenu pendant deux périodes bien distinctes.

Avant la romanisation

Dès le premier Age du Fer, l’utilisation de l’ensilage souterrain a été un trait dominant dans les usages agricoles.  Aussi l’emplacement des zones d’ensilage témoignage dans leur proche périphérie des sites d’habitation et de sédentarisation de population. Bien que très tôt concurrencée par le développement des contenants en terre crue au cours du deuxième Age du Fer la conservation des grains en milieu souterrain semble avoir perduré jusqu'à la romanisation de notre région.

La romanisation de notre région a apporté une évolution dans le stockage des denrées avec l’introduction des « dolium et amphore vinaire». Il semblerait que pendant cette période les stockages en silos se soient restreints, voire abandonnés.

 Après la romanisation

Période où l’insécurité a vu le développement du creusement des souterrains-refuges. La confection de ces structures souterraines s’est souvent accompagnée de silos internes.

               Dans la partie Est/Sud-Est de la Charente, on trouve :

des silos isolés sur les communes de :
Bunzac, 1 silo
Dirac, 4 silos
Dignac, 3 silos
Garat, 1 silo
Edon, 2 silos
Sers, 5 silos

des silos à l’intérieur des souterrains-refuges sur les communes de :
Chadurie, 1 souterrain avec 2 silos
Dirac, 1 souterrain avec 2 silos
Puymoyen, 1 souterrain avec 2 silos
Sers, 1 souterrain avec 6 silos
Vouzan, 1 souterrain avec 5 silos

des silos modifiés ou réutilisés par le creusement des souterrains-refuges sur les communes de :
Charmant, 1 souterrain avec 3 silos
Dirac, 1 souterrains avec 9 silos
Garat, 1 souterrain avec 1 silo
Voulgezac, 1 souterrain avec 1 silo

L’arrêt des creusements des souterrains-refuges étant intervenu vers la fin du XIIIe, on peut penser que la fin d’utilisation de ces silos pourrait également correspondre à cette époque.

 

Guy Roger  -  Président de l'Association ARECA
16410 - Garat - Juin 1992

-- Visa de contrôle - préfets de région : Poitou Charente : 1993-A416    Aquitaine : 1996-A862