ou dans des Souterrains-Refuges.
L'étude de l'habitat de l'Arriasse à Vic-le-Fesq (Gard)
en situe sur son site et les date de 700-625 av.J.C,
soit le début du premier Age de Fer. On en trouve également près des
voies romaines, des mottes féodales et des lieux de cultures agraires.
Dans notre région, si elles sont souvent associées dans la proche
périphérie des "souterrains-refuges" ou des habitations troglodytiques,
on en trouve également isolées en zone rurale.
Le diamètre d’ouverture varie de 0,40 m à 0,60 m, la profondeur 1,50 m à
2,20 m et la largeur intérieure de l’ordre de 1,00 m à 1,60 m. Souvent
un épaulement au col de l’ouverture permettait d’en assurer l’étanchéité
par un couvercle (pierre plate épannelée de forme ronde d’un diamètre
légèrement supérieur à l’ouverture du goulot). Lorsque elles sont
groupées, il n’est pas rare qu’elles communiquent entre elles par des
ouvertures de faible diamètre (0,20 m à 0,30 m).
Le fond est concave ou plat. On peut constater que la forme ronde est
universelle. Leur présence est attestée dans toute l’Europe, avec une
prédominance pour le Moyen Orient et le Sud de l’Europe.
Les fosses ovoïdes creusées dans le sol témoignent d'un mode de
conservation de céréales en atmosphère confinée, mode de stockage bien
connu par le passé et dans de multiples sociétés traditionnelles. Ces
techniques ont fait l'objet de nombreuses études
et expérimentations
qui en expliquent le fonctionnement : Dans un milieu hermétiquement
clos, la céréale commence sa germination et dégage au niveau de ce
processus du gaz carbonique, gaz qui bloque la poursuite de la
croissance et neutralise les insectes. Si le contenant n'est pas ouvert,
le contenu peut se conserver plusieurs années et garder toutes ses
qualités germinatives et nutritives. Par contre une fois ouverte, la
structure doit être vidée et les grains aérés sous peine de
pourrissement rapide. Ce procédé est donc un système de stockage de
céréale à long terme et non une réserve où l'on viendrait y puiser en
fonction des besoins.
Situation
En ce qui concerne les deux fosses ovoïdes du domaine de la Gélie
Commune d’Edon, leur creusement ne déroge pas aux principes, à savoir un
site géologique propice dans une formation de calcaire Angoumien
supérieur, jaune-gris, massif, homogène, finement recristallisé et sans
débris fossilifères, donnant à l’ensemble des parois un aspect lisse et
régulier.
Elles se trouvent dans un bois, sur le plateau Est en déclive Ouest ð
Est de la vallée de la Manore. Cette zone est riche en petits phénomènes
karstiques.
--Propriété privée de M. et Mme David Daniels, demeurant à La
Gélie, commune d’Edon 16320 – Villebois-Lavalatte.
--Altitude 117 mètres,
--Carte IGN 1/25000 – N° 1833 Ouest – Mareuil,
--Coordonnées Lambert II : X 446,15 —Y 2056,75
Ces deux fosses, connues par les habitants locaux, ne semblent pas avoir
fait l’objet d’étude. En effet tant à la Société Archéologique qu’aux
Archives Départementales, nous n’avons rien trouvé les concernant.
Leur ouverture se situe sur l’affleurement calcaire précité relativement
horizontal à cet endroit, recouvert par une végétation calcicole et par
environ 0,25m de terre, humus, clairsemé de cailloux de moyenne
blocométrie (0,30m).
Il semble néanmoins que l’aspect chaotique du bois, avec ses nombreux
amoncellements de pierres soit moindre dans la proche périphérie de ces
deux fosses. Cela donne l’impression, qu’un « nettoyage » de surface
aurait été effectué sur une superficie d’environ 50 m² à l’Est – Sud-Est
de ces fosses.
Nous avons effectué 4 mini sondages sur cette « surface », sondages où
l'on retrouve approximativement toujours au même niveau cette dalle.
Description
Ces deux fosses ovoïdes, de forme identique mais de dimensions
différentes, ont respectivement comme caractéristiques :
Fosse A
--Largeur du col d’ouverture – 0,50 à 0,60 m,
--Plus grande largeur intérieure –1,00m à 1,10m
--Profondeur – 1,50m,
--Volume environ 1,7 m3.
Cette fosse présente une diaclase à sa base, qui est apparue au cours du
creusement. Ces diaclases bien que très souvent calfeutrées par de
l’argile durcie au feu, étaient une source d’humidité nuisible à la
bonne conservation des matériaux qui pouvaient y être stockés.
Son goulet extérieur ne présente pas de feuillure de fermeture.
Aucune trace d’usage intensif n’a été repérée sur le pourtour de son
col, ce qui laisse à penser que son usage en a été restreint.
Les traces de creusement visibles ne sont pas de facture minutieuse.
Aucune trace de fixation de paillons sur son pourtour n’a été relevée.
Seul un petit début d’encoche est visible à sa base.
Fosse B
--Largeur du col d’ouverture – 0,45m, 0,50m,
--Plus grande largeur intérieure – 1,05m,
--Profondeur –1,48m,
--Volume environ 1,2 m3.
Cette fosse est de facture plus soignée et de dimensions légèrement
inférieures à sa voisine. Son col d’ouverture est particulièrement bien
fini, mais ne comporte pas non plus de feuillure d’étanchéité.
Ses parois présentent un travail de finition plus élaboré, néanmoins
aucune trace d’usure n’est visible sur le col d’ouverture et son usage
pourrait en avoir été également restreint.
Sur sa paroi Nord-Ouest , à l’abri des pluies dominantes, des restes de
revêtement donnent à penser que son intérieur aurait pu être enduit. Un
fragment de cet enduit a été prélevé et étudier au microscope. Sa
constitution est faite d’éléments variés :
--Argile rouge,
--Poils d'animaux,
-- Limon,
Matières fibreuses végétales,
Après un test chimique, aucun élément de silice n’y a été trouvé et il
pourrait s'agir d'un enduit d'isolation. En l'absence de moyen de
recherches plus élaborées, nous ne pouvons avancer plus loin dans cette
analyse.
Outre le principe que les fosses ovoïdes ne sont jamais seules, la
qualité moyenne de la structure interne d’une de ces fosses renforce
l’hypothèse que d’autres ont pu être creusées à proximité et que leur
prospection reste à faire.
Environnement du Site
Actuellement l’environnement particulier de ce bois laisse supposer que
nous nous trouvons sur un site qui a pu connaître une occupation
humaine. La présence d’un dolmen, de plusieurs tumulus, de fosses
ovoïdes, d’amoncellements de pierres de blocométrie moyenne (0,30m),
d’une grotte aménagée, du cours d’eau de la Manore et d’une source font
opter pour cette hypothèse.
En effet au cours de la visite du domaine en compagnie des
propriétaires, outre le dolmen situé à environ 400 mètres en direction
du Nord (gisement 350°).dénommé « Dolmen de la Gélie » qui a fait
l’objet d’une étude par Burnez
et d’une réflexion par Daniou,
et quelques tumulus qui l’entourent, nous avons remarqué :
L’accumulation
de pierres près des surfaces en déclive vers la vallée peut être due aux
phénomènes naturels d’érosion. Par contre les amoncellements sur les
surfaces planes, non soumises aux mêmes phénomènes, sont plus
surprenantes. Les investigations discrètes que nous avons pratiquées sur
ces amas nous ont permis de constater leur hétérogénéité pétrographique.
Nous concluons donc qu'il s'agit de constructions anthropiques. Il
pourrait s’agir :
Þ
soit de fondements de cabanes ou de huttes, les tas de pierres
étant utilisés pour fixer des poteaux ou délimiter des structures
légères et qui ont été arasées au cours des temps,
Þ
soit provenir d'un épierrement de la surface pour favoriser sa
mise en culture.
Þ
soit de garennes, mais dans ce cas, leur multitude interpelle.
·
Une petite grotte qui s’ouvre à l’Est dans la falaise dominant
la vallée de la Manore présente des traces d'occupation humaine et
d’aménagements, à savoir :
Þ
traces de fermeture rudimentaire aménagée dans les parois
Þ
traces d’une virgule avec fermeture intérieure pour s’y protéger,
Þ
traces d’agrandissement de passage du couloir.
Il s'agit seulement d'une petite grotte aménagée, que l'on ne peut
qualifier de "souterrain-refuge » par manque d’éléments d’identification
pour un tel site. Néanmoins les traces anthropiques y sont évidentes.
Il faut également signaler dans le bois la présence d’un gisement
important de plus ou moins grandes dalles silico-ferrugineuses brunâtres
dont la présence est indiquée dans la notice explicative de la carte
géologique "Nontron" page 19. Ce phénomène est courant dans le canton
d’Edon où certaines de ces plaques ont servi à l’élaboration de dolmens.
Interprétation
En ce qui nous concerne, nous émettons l’hypothèse que les fosses
ovoïdes ont eu comme fonction première des lieux de stockage de récoltes
agraires.
On ne peut pas également dissocier la présence de ces fosses de leur
l’environnement extérieur. La communauté qui les a creusées devait être
sédentarisée sur ce plateau mais dans un habitat extrêmement précaire
qui s'étendait aux alentours immédiats, voire au-dessus Ces fosses
représentant des lieux de stockage de l'économie vivrière du groupe,
sont les seules parties dures restantes des structures.
Conclusion
Si l’origine de ces fosses ovoïdes reste indéterminée, leur présence
sous terre est déjà citée par Varron
qui décrit dans un traité d’économie rurale ces «granaria
speluncas»
en 60 av. J.C. Les recensements qui ont été faits au début du siècle
les attribuent systématiquement à l’époque celtique, mais on doit
compter avec la « celtomania » de l’époque.
Néanmoins elles seraient bien antérieures au creusement des
souterrains-refuges que l’on trouvent très souvent à proximité.
Dans notre région (partie Est de la Charente – Partie Ouest de la
Dordogne), on a du mal à dissocier les fosses ovoïdes des
souterrains-refuges. Ces deux types de sites sont très souvent
concomitants, par exemple les sites :
d'Argentine à la Rochebeaucourt (24),
du Roc du Rap à Vieux Mareuil (24)
de la Chambre à Brantôme (24)
de la maison du Sénéchal à Villebois Lavalette (16)
du bois de la Pue à Dirac (16)
de la ferme de Joufferoux à Voulgezac (16)
de la Fontaine de Saint Marc à Puymoyen (16)
de Chément à Garat (16)
présentent tous une structure de Fosse(s) Ovoïde(s) et
Souterrain-Refuge.
Très souvent les sites de fosses ont été réemployés pour le creusement
des souterrains-refuges les utilisant même pour en faire des passages
« anastomosés » (Souterrain-Refuge du bois de la Pue). La fin des
creusements des souterrains-refuges ayant dû intervenir vers la fin du
XIIIe,
on peut donc penser que ces fosses sont antérieures à cette époque. Les
documents et les matériaux nous livrent des dates incertaines, mais on
perçoit aux cours des recherches une limite haute vers le XIIIe et une
limite basse le début du IXe
pour l’ensemble de ces cavités.
En l’absence de fouilles stratigraphiques sur ce site, il n’est pas
possible d’en déterminer actuellement la datation.
Au terme de cette étude nous pouvons mesurer notre ignorance des faits
quotidiens de la vie du haut Moyen Age. Les certitudes sont rares et
l’archéologie ne devrait pas considérer les fosses ovoïdes et les
souterrains-refuges comme de simples annexes car en fait ils se
révèlent, grâce à leur conservation privilégiée, de précieux réservoirs
archéologiques et ethnographiques.
Nous tenons à remercier M. et Mme Daniels David, propriétaires des
lieux pour nous avoir présenté ce site et nous autorisé à y accéder
selon nos besoins.
Textes Guy ROGER
Janvier 1999
Note au sujet de :
setrouz
Traduction du Grec d’après le « Dictionnaire Grec-Français,
Le Bailly » :
stroz, s u, (s) "Cavité dans le sol ou récipient
souterrain pour conserver le blé".
Silo.
Soph.
fr 276.
Eur.
f 827.
Dem.
100, 29, cf 135, 27.
Var.
de r. r.
1, 75.
Trappe,
Eur. l.c.
Anth.
app. 25.
Var. de r. r. 1, 57.
(hébreu ou phén.?).
lat. Sirus
Traduction du latin d’après le "Dictionarium Universale Latino
Gallicum", Paris, 17.
Sirus, i.m. Varr. "Foffe profonde & préparée pour y mettre du
bled, & l’y conferver fous terre, dont l’ufage eft en quelque pays où
l’on féme par-deffus ".
Syrus, i. m. Quint.
Curt.
"Lieu fouterrain, où l’on ferre les grains".
D’après
le "Dictionnaire Robert de la langue française",
Silo est emprunté (1685) à l’espagnol silo (lui-même emprunté
vers 1050 par l’intermédiaire du latin didactique Sirus au grec Siros)
Silo est employé au sens de cachot souterrain dans l’espagnol
et le grec du XIIIe siècle.
Sil en provençal est employé au Moyen-Age (1280). Peu utilisé
en France avant le XIXe siècle.
Silo désigne une punition consistant à enfermer un prisonnier
dans un trou dans le sol en Afrique.
Recherche sur Varron
et Curtius.
Sur ce dernier, selon Tacite
(traduction) « un lieu sacré nommé Lac de Curtius
a précédé le forum. La tradition veut que le chevalier Marcus Curtius,
aurait, au IVe siècle av. J –C., sacrifié sa vie en se précipitant
volontairement dans un gouffre soudainement ouvert dans le sol du Forum».
Selon une autre tradition,
"le Sabin Métius Curtius aurait donné son nom au lieu en traversant,
le marécage qui se trouvait à l’emplacement du forum pour échapper à
Romulus" (le marécage qui recouvrait le Forum a été drainé en 510
av. J.-C. On a découvert à cet emplacement plusieurs puits sacrés dont
le "Lactus Curtius" du IVe siècle av. J.-C.)