photo@batini-1999

Retour page accueil

Sondage - Inventaire thématique

Edon

Lieu dit : La Gélie
 

Fosses ovoïde de la Gélie

Généralités

La nature géologique du sol est prépondérante pour le creusement de ces cavités qui ont toujours une forme de poire, d’œuf ou de bouteille et sont appelées selon le terme générique "fosses ovoïdes". Bien qu’on en ait trouvées dans des sols argileux, desséchés et durcis par du feu, en grande majorité elles se trouvent là où la présence du rocher affleure, souvent sur un plan en déclive près d’une vallée et d’un point d’eau. Leur présence est également attestée dans des sites troglodytiques ou dans des Souterrains-Refuges.

L'étude de l'habitat de l'Arriasse à Vic-le-Fesq (Gard) en situe sur son site et les date de 700-625 av.J.C, soit le début du premier Age de Fer. On en trouve également près des voies romaines, des mottes féodales et des lieux de cultures agraires. Dans notre région, si elles sont souvent associées dans la proche périphérie des "souterrains-refuges" ou des habitations troglodytiques, on en trouve également isolées en zone rurale.

Le diamètre d’ouverture varie de 0,40 m à 0,60 m, la profondeur 1,50 m à 2,20 m et la largeur intérieure de l’ordre de 1,00 m à 1,60 m. Souvent un épaulement au col de l’ouverture permettait d’en assurer l’étanchéité par un couvercle (pierre plate épannelée de forme ronde d’un diamètre légèrement supérieur à l’ouverture du goulot). Lorsque elles sont groupées, il n’est pas rare qu’elles communiquent entre elles par des ouvertures de faible diamètre (0,20 m à 0,30 m). Le fond est concave ou plat. On peut constater que la forme ronde est universelle. Leur présence est attestée dans toute l’Europe, avec une prédominance pour le Moyen Orient et le Sud de l’Europe.

Les fosses ovoïdes creusées dans le sol témoignent d'un mode de conservation de céréales en atmosphère confinée, mode de stockage bien connu par le passé et dans de multiples sociétés traditionnelles. Ces techniques ont fait l'objet de nombreuses études et expérimentations qui en expliquent le fonctionnement : Dans un milieu hermétiquement clos, la céréale commence sa germination et dégage au niveau de ce processus du gaz carbonique, gaz qui bloque la poursuite de la croissance et neutralise les insectes. Si le contenant n'est pas ouvert, le contenu peut se conserver plusieurs années et garder toutes ses  qualités germinatives et nutritives. Par contre une fois ouverte, la structure doit être vidée et les grains aérés sous peine de pourrissement rapide. Ce procédé est donc un système de stockage de céréale à long terme et non une réserve où l'on viendrait y puiser en fonction des besoins.

Situation

En ce qui concerne les deux fosses ovoïdes du domaine de la Gélie Commune d’Edon, leur creusement ne déroge pas aux principes, à savoir un site géologique propice dans une formation de calcaire Angoumien supérieur, jaune-gris, massif, homogène, finement recristallisé et sans débris fossilifères, donnant à l’ensemble des parois un aspect lisse et régulier.

Elles se trouvent dans un bois, sur le plateau Est en déclive Ouest ð Est de la vallée de la Manore. Cette zone est riche en petits phénomènes karstiques.

--Propriété privée de M. et Mme  David Daniels, demeurant à La Gélie, commune d’Edon 16320 – Villebois-Lavalatte.
--Altitude 117 mètres,
--Carte IGN 1/25000 – N° 1833 Ouest – Mareuil,
--Coordonnées Lambert II : X 446,15 —Y 2056,75

Ces deux fosses, connues par les habitants locaux, ne semblent pas avoir fait l’objet d’étude. En effet tant à la Société Archéologique qu’aux Archives Départementales, nous n’avons rien trouvé les concernant.

Leur ouverture se situe sur l’affleurement calcaire précité relativement horizontal à cet endroit, recouvert par une végétation calcicole et par environ 0,25m de terre, humus, clairsemé de cailloux de moyenne blocométrie (0,30m).

Il semble néanmoins que l’aspect chaotique du bois, avec ses nombreux amoncellements de pierres soit moindre dans la proche périphérie de ces deux fosses. Cela donne l’impression, qu’un « nettoyage » de surface aurait été effectué sur une superficie d’environ 50 m² à l’Est – Sud-Est  de ces fosses.

Nous avons effectué 4 mini sondages sur cette « surface », sondages où l'on retrouve approximativement toujours au même niveau cette dalle.

Description 

  Ces deux fosses ovoïdes, de forme identique mais de dimensions différentes, ont respectivement comme caractéristiques :

Fosse A
--Largeur du col d’ouverture – 0,50 à 0,60 m,
--Plus grande largeur intérieure –1,00m à 1,10m
--Profondeur – 1,50m,
--Volume environ 1,7 m3.

Cette fosse présente une diaclase à sa base, qui est apparue au cours du creusement. Ces diaclases bien que très souvent calfeutrées par de l’argile durcie au feu, étaient une source d’humidité nuisible à la bonne conservation des matériaux qui pouvaient y être stockés.

Son goulet extérieur ne présente pas de feuillure de fermeture.

Aucune trace d’usage intensif n’a été repérée sur le pourtour de son col, ce qui laisse à  penser que son usage en a été restreint.

Les traces de creusement visibles ne sont pas de facture minutieuse.

Aucune trace de fixation de paillons sur son pourtour n’a été relevée. Seul un petit début d’encoche est visible à sa base.

Fosse B
--Largeur du col d’ouverture – 0,45m, 0,50m,
--Plus grande largeur intérieure – 1,05m,
--Profondeur –1,48m,
--Volume environ 1,2 m3.

Cette fosse est de facture plus soignée et de dimensions légèrement inférieures à sa voisine. Son col d’ouverture est particulièrement bien fini, mais ne comporte pas non plus de feuillure d’étanchéité.

Ses parois présentent un travail de finition plus élaboré, néanmoins aucune trace d’usure n’est visible sur le col d’ouverture et son usage pourrait en avoir été également restreint.

 Sur sa paroi Nord-Ouest , à l’abri des pluies dominantes, des restes de revêtement donnent à penser que son intérieur aurait pu être enduit. Un fragment de cet enduit a été prélevé et étudier au microscope. Sa constitution est faite d’éléments variés : 
--Argile rouge,
--Poils d'animaux,

-- Limon,

Matières fibreuses végétales,

Après un test chimique, aucun élément de silice n’y a été trouvé et il pourrait s'agir d'un enduit d'isolation. En l'absence de moyen de recherches plus élaborées, nous ne pouvons avancer plus loin dans cette analyse.

Outre le principe que les fosses ovoïdes ne sont jamais seules, la qualité moyenne de la structure interne d’une de ces fosses renforce l’hypothèse que d’autres ont pu être creusées à proximité et que leur prospection reste à faire.

Environnement du Site

Actuellement l’environnement particulier de ce bois laisse supposer que nous nous trouvons sur un site qui a pu connaître une occupation humaine. La présence d’un dolmen, de plusieurs tumulus, de fosses ovoïdes, d’amoncellements de pierres de blocométrie moyenne (0,30m), d’une grotte aménagée, du cours d’eau de la Manore et d’une source font opter pour cette hypothèse.

En effet au cours de la visite du domaine en compagnie des propriétaires, outre le dolmen situé à environ 400 mètres en direction du Nord (gisement 350°).dénommé « Dolmen de la Gélie » qui a fait l’objet d’une étude par Burnez et d’une réflexion par Daniou, et quelques tumulus qui l’entourent, nous avons remarqué :

 L’accumulation de pierres près des surfaces en déclive vers la vallée peut être due aux phénomènes naturels d’érosion. Par contre les amoncellements sur les surfaces planes, non soumises aux mêmes phénomènes, sont plus surprenantes. Les investigations discrètes que nous avons pratiquées sur ces amas nous ont permis de constater leur hétérogénéité pétrographique. Nous concluons donc qu'il s'agit de constructions anthropiques. Il pourrait s’agir :

Þ    soit de fondements de cabanes ou de huttes, les tas de pierres étant utilisés pour fixer des poteaux ou délimiter des structures légères et qui ont été arasées au cours des temps,

Þ    soit provenir d'un épierrement de la surface pour favoriser sa mise en culture.

Þ    soit de garennes, mais dans ce cas, leur multitude interpelle.

·        Une petite grotte qui s’ouvre à l’Est dans la falaise dominant la vallée de la Manore présente des traces d'occupation humaine et d’aménagements, à savoir :

Þ    traces de fermeture rudimentaire aménagée dans les parois

Þ    traces d’une virgule avec fermeture intérieure pour s’y protéger,

Þ    traces d’agrandissement de passage du couloir.

Il s'agit seulement d'une petite grotte aménagée, que l'on ne peut qualifier de "souterrain-refuge » par manque d’éléments d’identification pour un tel site. Néanmoins les traces anthropiques y sont évidentes.

Il faut également signaler dans le bois la présence d’un gisement important de plus ou moins grandes dalles silico-ferrugineuses brunâtres dont la présence est indiquée dans la notice explicative de la carte géologique "Nontron" page 19. Ce phénomène est courant dans le canton d’Edon où certaines de ces plaques ont servi à l’élaboration de dolmens.

Interprétation

En ce qui nous concerne, nous émettons l’hypothèse que les fosses ovoïdes ont eu comme fonction première des lieux de stockage de récoltes agraires.

On ne peut pas également dissocier la présence de ces fosses de leur l’environnement extérieur. La communauté qui les a creusées devait être sédentarisée sur ce plateau mais dans un habitat extrêmement précaire qui s'étendait aux alentours immédiats, voire au-dessus Ces fosses représentant des lieux de stockage de l'économie vivrière du groupe, sont les seules parties dures restantes des structures.

Conclusion

Si l’origine de ces fosses ovoïdes reste indéterminée, leur présence sous terre est déjà citée par Varron qui décrit dans un traité d’économie rurale ces «granaria speluncas» en 60 av. J.C. Les recensements qui ont été faits au début du siècle les attribuent systématiquement à l’époque celtique, mais on doit compter avec la « celtomania » de l’époque.

Néanmoins elles seraient bien antérieures au creusement des souterrains-refuges que l’on trouvent très souvent à proximité.

Dans notre région (partie Est de la Charente – Partie Ouest de la Dordogne), on a du mal à dissocier les fosses ovoïdes des souterrains-refuges. Ces deux types de sites sont très souvent concomitants, par exemple les sites :

d'Argentine à la Rochebeaucourt (24),
du Roc du Rap à Vieux Mareuil (24)
de la Chambre à Brantôme (24)
de la maison du Sénéchal à Villebois Lavalette (16)
du bois de la Pue à Dirac (16)
de la ferme de Joufferoux à Voulgezac (16)
de la Fontaine de Saint Marc à Puymoyen (16)
de Chément à Garat (16)

présentent tous une structure de Fosse(s) Ovoïde(s) et Souterrain-Refuge.

Très souvent les sites de fosses ont été réemployés pour le creusement des souterrains-refuges les utilisant même pour en faire des passages « anastomosés » (Souterrain-Refuge du bois de la Pue). La fin des creusements des souterrains-refuges ayant dû intervenir vers la fin du XIIIe, on peut donc penser que ces fosses sont antérieures à cette époque. Les documents et les matériaux nous livrent des dates incertaines, mais on perçoit aux cours des recherches une limite haute vers le XIIIe et une limite basse le début du IXe pour l’ensemble de ces cavités.

En l’absence de fouilles stratigraphiques sur ce site, il n’est pas possible d’en déterminer actuellement la datation.

Au terme de cette étude nous pouvons mesurer notre ignorance des faits quotidiens de la vie du haut Moyen Age. Les certitudes sont rares et l’archéologie ne devrait pas considérer les fosses ovoïdes et les souterrains-refuges comme de simples annexes car en fait ils se révèlent, grâce à leur conservation privilégiée, de précieux réservoirs archéologiques et ethnographiques.

Nous tenons  à remercier M. et Mme Daniels David, propriétaires des lieux pour nous avoir présenté ce site et nous autorisé à y accéder selon nos besoins.

 

Textes Guy ROGER Janvier 1999

Note au sujet de :           

setrouz

Traduction du Grec d’après le « Dictionnaire Grec-Français, Le Bailly » :

stroz, s u, (s) "Cavité dans le sol ou récipient souterrain pour conserver le blé".

Silo.

     Soph. fr 276.

     Eur. f 827.

     Dem. 100, 29, cf 135, 27.

     Var. de r. r. 1, 75.

Trappe,

     Eur. l.c.

     Anth. app. 25.

     Var. de r. r. 1, 57.

(hébreu ou phén.?).

lat. Sirus

Traduction du latin d’après le "Dictionarium Universale Latino Gallicum", Paris, 17.

Sirus, i.m. Varr. "Foffe profonde & préparée pour y mettre du bled, & l’y conferver fous terre, dont l’ufage eft en quelque pays où l’on féme par-deffus ".

Syrus, i. m. Quint. Curt.  "Lieu fouterrain, où l’on ferre les grains".

 D’après le "Dictionnaire Robert de la langue française",

Silo est emprunté (1685) à l’espagnol silo (lui-même emprunté vers 1050 par l’intermédiaire du latin didactique Sirus au grec Siros)

Silo est employé au sens de cachot souterrain dans l’espagnol et le grec du XIIIe siècle.

Sil en  provençal est employé au Moyen-Age (1280). Peu utilisé en France avant le XIXe siècle.

Silo désigne une punition consistant à enfermer un prisonnier dans un trou dans le sol en Afrique.

Recherche sur Varron et Curtius.

Sur ce dernier, selon Tacite (traduction) « un lieu sacré nommé Lac de Curtius a précédé le forum. La tradition veut que le chevalier Marcus Curtius, aurait, au IVe  siècle av. J –C., sacrifié sa vie en se précipitant volontairement dans un gouffre soudainement ouvert dans le sol du Forum». Selon une autre tradition, "le Sabin Métius Curtius aurait donné son nom au lieu en traversant, le marécage qui se trouvait à l’emplacement du forum pour échapper à Romulus" (le marécage qui recouvrait le Forum a été drainé en 510 av. J.-C. On a découvert à cet emplacement plusieurs puits sacrés dont le "Lactus Curtius" du IVe siècle av. J.-C.)

 

Guy Roger  -  Président de l'Association ARECA
16410 - Garat - Juin 1992

-- Visa de contrôle - préfets de région : Poitou Charente : 1993-A416    Aquitaine : 1996-A862