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Sondage - Inventaire thématique Edon
Lieu dit : La Grande Crête Situation Le site troglodytique de la Grande-Crête, se situe dans un site géologique caractéristique pour la région et propice au creusement à savoir du calcaire type Turonien du Crétacé supérieur. Il se trouve au Sud du bois de la Verrerie, sur une falaise qui domine la rive droite du cours d’eau la Nizonne sur près de 1 kilomètre et offre une vue sur la campagne Périgourdine. Légèrement en aval du Moulin du Mesnieux, commune d’Edon (Charente). Propriété privée de Melle Levault demeurant aux Mesnieux Edon 16320 - Villebois Lavalette. Altitude 145 mètres — Latitude 45,28 Nord — Longitude 0° 21’ Est — dans un bois de feuillus calcicoles. Ce site connu comme la « Grotte de la Grande Crête » ne semble pas avoir fait l’objet d’étude approfondie. Seule la « Grotte de Cavechou » située à un niveau inférieur et en amont a fait l’objet d’une fouille par M. G. Chauvet en 1870, fouilles qui avaient donné du Moustérien, du Solutréen et du Magdalénien. Ce lieu libre d’accès est très visité, les parois de la falaise servant d’école d’escalade.
Détails du descriptif du plan d'Edon Extérieur Le site s’étale sur une largeur de 20 mètres près du plateau sommital de la falaise qui, par un encorbellement, a formé un abri sous roche. L’attention est tout de suite retenue par un bloc monolithique ayant la forme d’un escalier sous la voûte (photo 1) (hauteur s/voûte 3,20m) de la première partie Sud du site, « escalier » de 6 marches (largeur 0,56m, longueur de 0,40m à 0,55m, hauteur entre 0,15m et 0,20m). Au fond de cette voûte un accès au plateau sommital est possible par un passage naturel. Nous ne pouvons donner d’explications sur ce bloc qui semblerait néanmoins erratique. Le fontis devant la salle A, a été formé par l’éventration de la paroi Sud (photo 2). L’orifice d’un trou de visée se trouve au niveau actuel du sol extérieur. Son orifice intérieur est collé au plafond de la salle, son visuel intérieur/extérieur est ascendant. PARTIE SUD (Se rapporter au plan) Salle A La salle A (1) (hauteur 1,67m, longueur 2,27m, largeur 1,70m) comporte 4 trous de visée qui surveillent respectivement : · (2) et (3) la chicane Sud, (hauteur 0,50m), · (4) l’extérieur au Nord, (hauteur 1,67m), · (5) l’extérieur au Sud, (hauteur 1,60m). Une partie de la paroi Sud a été défoncée (6) et ainsi a été créée une ouverture (Æ 1 mètre) par laquelle on pénètre actuellement. Sur les parois on distingue également deux amorces de trou (7) de petit diamètre (Æ 0,05m hauteur 1,50m), ainsi qu’une niche d’éclairage (8). De cette salle on pénètre ensuite dans les deux chicanes par une ouverture en goulot (9) (Æ 0,60m), comportant un seuil à 0,50m du sol (photo 3). Chicanes A droite et à gauche du goulot, se trouvent deux chicanes : Une première (10) au Nord, venant d’une terrasse (12) qui surplombe de 2 mètres le porche de la grotte, tourne à gauche par un angle droit et par deux marches (11) conduit à l’intérieur. Cet accès est actuellement bloqué par une pierre épannelée (13) de mêmes dimensions que l’ouverture qui en ferme la passage (photo 4). Aucune feuillure n’est visible dans cette chicane qui ne pouvait être défendue que par cette « porte » en pierre (épaisseur 0,30m, largeur 0,60m, hauteur 0,85m). L’accès de cette chicane est surveillé par le trou de visée (4) de la salle A, trou de visée qui possède un visuel intérieur/extérieur ascendant. Une deuxième au Sud, plus classique devait être l’entrée initiale du site. Accès sous la voûte (15), angle orthogonal à gauche, suivi d’une feuillure de fermeture (14). Cette chicane est sous le contrôle des deux trous de visée (2) et (3) de la salle A (photo 5). Premier couloir Au-delà de ces deux chicanes un couloir (16) qui tourne ensuite à droite, nous emmène en face dans une petite salle. Ce couloir (largeur 0,60m, hauteur 1,60m) comprend une feuillure de fermeture rudimentaire (17) : d’un côté la feuillure fait toute la hauteur, de l’autre simplement 3 trous répartis à égale distance (0,40m). Une niche d’éclairage (18) se trouve à l’entrée de la petite salle (hauteur 1,55m). Petite salle Une petite salle (19) de faibles dimensions (hauteur 1,10m, longueur 2,10m, largeur 0,80m), surélevée par rapport au sol du couloir de 0,50m, comporte une niche d’éclairage (20). De part et d’autre de l’entrée les angles (21) ont été sculptés (photo 6 et 7) en colonnes engagées. Une tentative de confection d’une troisième colonne engagée a été commencée et rapidement abandonnée. Ces factures ne semblent pas être de la même époque que le creusement du souterrain. Deuxième couloir Le couloir (22) continue vers le Nord sur une longueur de 3,50m (photo 8) (hauteur 1,67m, largeur en bas 0,40m, milieu 0,70m, haut 0,50m) et débouche dans la grotte principale (24). Deux petites niches de même factures que les niches d’éclairage (23) ont été aménagées à 1 mètre de hauteur. Il pourrait ne s’agir que de simples trous de guidage du fait de leur faible hauteur. Ce couloir se termine par une petite feuillure de fermeture. GROTTE (Se rapporter au plan) Ensemble Une cavité rocheuse d’une hauteur actuelle de 3,20m environ suit une diaclase sur une longueur de 23,50m et sur une largeur de 3,50m à l’ouverture, se rétrécissant progressivement. Il semblerait que le niveau du sol ait été baissé de 1 mètre environ, comme en témoignent de nombreuses traces de creusement de part et d’autre de ce conduit. Face A La paroi A laisse apparaître des emplacements respectifs (de gauche à droite) : traces de poutraison verticales et horizontales pour grosses poutres (0,30m x 0,30m) · deux niches à différentes hauteurs, pourraient être des anciens bacs de captation et décantation d’eau. Un larmier venant du plafond de la voûte aboutit dans la plus élevée. · accès au couloir du souterrain, · virgules avec ancrage de poutre de moyenne section (0,10m x 0,10m), disposées par paire en regard avec la paroi B, · trois niches d’éclairages disposées en quinconce avec les niches d’éclairage de la paroi B, · anneau rupestre monolithe à 8,50m de l’entrée de la grotte (hauteur 1,20m). Face B La paroi B laisse apparaître des emplacements respectifs (de droite à gauche) : traces de poutraison verticales et horizontales pour grosses poutres (0,30m x 0,30m), · accès de la salle B, · une niche, · virgules avec ancrage de poutre de moyenne section (0,10m x 0,10m), disposées par paire en regard avec la paroi A, · trois niches d’éclairage disposées en quinconce avec les niches d’éclairage de la paroi A. Au plafond et sur les parois des traces de graffitis sont visibles, (grilles, triangles, …) plus quelques graffitis contemporains dans le fond de la grotte. PARTIE NORD (Se rapporter au plan) Salle B On accède par 3 marches à cette salle par une ouverture (hauteur 1,40m, largeur 0,70m) dont le niveau se trouve à 1,65m du niveau actuel du sol de la grotte (photo 9). La salle B (1) (hauteur 1,68m, longueur 4,90m, largeur 2,10m) comporte sur la gauche une niche (2) (longueur 1,10m, profondeur 0,45m, hauteur 0,50m), quelques graffitis contemporains, une deuxième niche (3) (longueur 0,70m, profondeur 0,45m, hauteur 0,65m), dans le fond une banquette (4) (profondeur 0,30m) épouse toute la largeur, une ouverture ovale (5) (Æ 1,10m x 1,40m) due au défoncement de la paroi par l’intérieur comme en témoignent les traces d’éclatement de la pierre (Photo 10). Deux trous d’ancrage de poutraison (6)et (7) traversent la paroi en suivant une inclinaison ascendante intérieur/extérieur, (Æ 0,15m) à une hauteur de 1,40m au milieu de la paroi contiguë à l’extérieur. Dans le coin droit un évidement au sol (8) (Æ 0,26m, profondeur 0,08m) fait penser à un emplacement de jarre qui aurait pu récupérer de l’eau qui pouvait suinter d’une petite diaclase juste au-dessus (traces d’écoulement). CONCLUSION L’imaginaire collectif aurait trop vite tendance à faire des souterrains un réseau de communication entre châteaux, logis, églises ou abbayes. On leur fait parcourir des centaines de mètres, voire des kilomètres, passer sous des rivières, etc. Bref, on a tellement exagéré leurs parcours qu’ils en sont devenus des lieux de mystère et de légende. La réalité est bien toute autre. Jamais très long, seulement de quelques mètres à quelques dizaines de mètres (un des plus grands connu et étudié en Charente, mesure 80 mètres), ces souterrains sont classifiés en archéologie comme « souterrain aménagé », mais peuvent être considérés comme des « souterrains-refuges » dans la mesure où ils comportent les éléments suivants plus ou moins élaborés : une ou des entrées camouflées, · un ou plusieurs couloirs, · un système de chicanes pour se défendre et ralentir la progression des indésirables, · des barrages, · des trous de visée ou trous de surveillance, · des pièges, · des salles pour y être à l’abri et y stocker des vivres et des biens. Il semblerait néanmoins que l’évolution de l’architecture intérieure des souterrains-refuges soit directement liée à des événements graves, (guerre des Gaules, invasions barbares, première guerre de Cent-Ans ou guerres médiévales). Les premiers souterrains attestés qui apparaissent en Bretagne à la fin du Hallstatt, début de la Téne (vers 600 avant J.C.) sont souvent de forme rudimentaire (une seule salle et un seul conduit), constituant des abris momentanés mais pas de véritables lieux de séjour. Par contre c’est pendant la période médiévale que le développement des souterrains-refuges se propage. Ils deviennent de plus en plus nombreux. Leur conception devient ingénieuse et complexe. Les quelques datations effectuées au carbone 14 indiquent 1100 ± 90 ans pour le site de la Maraudie (Vienne) et 1170 ± 90 ans pour Saint-Pardoux-le-Neuf (Haute Vienne). En ce qui concerne le site du Mesnieux qui est actuellement connu dans son entité, les éléments suivants : position dominant une vallée de 51 mètres, · position géographique limitrophe d’une zone frontière importante entre le XIe et XIVe siècle, (vers 1200 Duché de Guyenne - Poitou - Fiefs mouvants de la Couronne, vers 1320 Aquitaine - Guyenne - Périgord - Saintonge), · visuel direct avec le site troglodyte d’Argentine distant à vol d’oiseau de 1100 mètres, · frontière entre la langue d’Oc et langue d’Oïl, en faisaient un lieu stratégique, peut-être même ne doit-on pas y voir une occupation évolutive qui irait d’un souterrain-refuge a un fort troglodytique ? Il est permis de penser que si la datation des souterrains-refuges va de l’âge du fer, à la fin du Moyen Age, pour ce site particulier elle pourrait se situer entre le IXe et XIIe siècle. De plus l’éventration des deux salles principales les rendant inutilisables pourrait correspondre à la période de destruction ou comblement des souterrains (vers le milieu du XIIIé siècle). Pour bien comprendre l’évolution de ce site particulier, on peut envisager : dans un premier temps le site a été creusé pour servir de souterrain-refuge, aucune infrastructure extérieure ne devait alors exister, l’orifice de la grotte étant en aplomb de la falaise, l’entrée de ce refuge ne pouvait se faire que par le passage (15). Dans ces conditions, le principe du souterrain-refuge dissimulé est parfaitement acceptable. dans un deuxième temps, le site a conservé toujours sa structure intérieure, mais est devenu une habitation ou un fort troglodytique par l’adjonction de structures extérieures comme en témoignent les nombreux trous de poutraison dans le calcaire. L’accès au site devait se faire par le passage en encorbellement au-dessus de la grotte. En progressant sur cet encorbellement on trouve à une cinquantaine de mètres au Sud des traces de constructions troglodytiques dans une falaise, elles-mêmes protéger par deux barrages sur l’encorbellement. Dans la salle Nord les deux trous de poutraison ne pouvaient que supporter une structure extérieure amovible pour permettre un passage sur l’encorbellement. Également en observant le plan de masse Il est également à noter que le site d’Argentine en visuel directe a dû connaître la même évolution et surtout la même fin, ses parois ayant été également enfoncées pour le rendre inutilisable dans sa fonction défensive. Nous n’avons pas trouvé traces de fosses ovoïdes sur ce site, ce qui conforte notre conclusion qu’il s’agit d’un site stratégique plutôt qu’un site de sédentarisation de population. Seule des fouilles circonscrites pourraient nous apporter des éléments de datation en ce qui concerne la conception et l’utilisation. En attendant des recherches plus élaborées, il serait souhaitable de prendre des mesures conservatoires pour en assurer la protection. Textes, croquis, photos, Guy ROGER, Août 1998
Notes sur les traces rupestres de la grotte d’Edon GénéralitésLes traces rupestres de la grande crête à Edon, se situent dans une grotte en haut de la falaise dominant la rivière "La Lizonne". Cavité naturelle liée à un karst dans un dépôt calcaire type Turonien du Crétacé supérieur, et plus particulièrement "Angoumien inférieur", blanc, massif, dur, finement recristallisé et sans débris fossilifères. Cette cavité se présente sous la forme classique d’un entonnoir avec un porche ouvert sur le Sud/Est de grandes dimensions (hauteur 3.60 m., largeur 2.75 m., profondeur 18 m.). La diaclase qui a permis sa formation est orientée Sud/Est – Nord/Ouest. Cette grotte ouverte au public, très visitée est dans un état de conservation très médiocre. Ses parois sont, surtout dans sa partie Sud/Est, fortement soumises à l’humidité. Son sol argileux semble exempt de toute fouille, le plancher stalagmitique semble intact. Le remblai avant du porche semble également en place mais réparti sur la verticalité de la falaise fortement en déclive vers la rivière puisque la grotte domine cette dernière d’environ 50 mètres. Ce site connu comme la grotte de la "Grande Crête" ne semble pas avoir fait l’objet d’étude. La grotte de « Gavechou » située à un niveau inférieur et en amont a fait l’objet d’une fouille par M. G. Chauvet en 1870, fouille qui avaient donné du Moustérien, du Solutréen et du Magdalénien. L’abri du "Fieux ou Cassine" (au niveau inférieur mais non située actuellement) a également fait l’objet d’une fouille en 1956 par M. Reparaz et avait donné du méso. Traces rupestresLes parois de cette cavité comportent des traits de gravure sur 4 points nommés de l’entrée vers le fond : Partie 01, Partie 02, Partie 03, Partie 04 Partie 01 (située à 5,60 m. de l’entrée initiale) La calcite de la paroi gauche comporte à 1,85 m. de hauteur, une série de signes (voir relevés et photos partie 01). Il est à noter que les creusements d’un couloir du souterain-refuge jouxtant la cavité et des niches dans la paroi ont partiellement détruit une partie de ces signes. Néanmoins la partie restante est bien conservée et parfaitement lisible. Ces signes qui semblent de même facture sont de toute évidence antérieurs aux aménagements anthropiques des parois de la grotte. Partie 02 (située à 9,10 m. de l’entrée initiale)La paroi droite comporte également une série de signes (voir relevés et photos partie 02). La particularité de ces signes est qu’ils se situent à 3,10 de hauteur par rapport au sol actuel. Cette disposition permet de penser que, soit le niveau du sol actuel de la grotte a changé, soit une élévation a été nécessaire pour confectionner ces signes. La même remarque que pour la partie 01 s’applique quant à l’époque de leur confection. Partie 03 (située à 11,80 m. de l’entrée initiale)La paroi gauche comporte à 1,70 m. de hauteur une grille (voir photos partie 03). Ces traces de facture différente semblent plus récentes. Partie 04 (située à 11,80 m. de l’entrée initiale)Immédiatement après la grille précitée deux traces semble être des représentations à connotation sexuelle (vulve et phallus) (voir photos partie 04). Environ à 1 mètre de ces "sculptures" à 1,05 m de hauteur se trouvent deux anneaux rupestres dont un est détruit. ConclusionCes traces ne semblent pas dénuées d’intérêt archéologique et une inspection ou une étude des parois de cette cavité pourrait apporter des éléments nouveaux. Une équipe de spéléo en ma présence a fait une reptation dans la diaclase terminale de cette cavité et m’a rapporté la présence, dans une cloche, de signes symétriques, sans autre précision. Mais vue l’étroitesse de ce conduit un dégagement de l’argile en place serait nécessaire pour pouvoir en faire une exploration plus approfondie. Guy Roger
Guy Roger - Président de l'Association ARECA 16410 - Garat - Juin 1992 -- Visa de contrôle - préfets de région : Poitou Charente : 1993-A416 Aquitaine : 1996-A862
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